Copenhague - Deux jours d’août
Copenhague, deux jours d’août. Le samedi, une marche d’une heure et demie dans la lumière longue du soir, des prés en bordure de la ville jusqu’à Nyhavn, en passant par Christiania. Le dimanche, toute une journée, du métro du matin aux visages de l’après-midi. Deux façons de voir la même ville : à l’heure où elle ralentit, et à l’heure où elle sort.
Les prés au bord de la ville.
Au départ, presque la campagne. Des chardons montés en graines, un terrain de sport immense sous un ciel moutonné, des cheminées au loin pour rappeler que la ville n’est pas loin. Un homme attend sur un banc tagué, un couple s’est assis au bord d’un lac. Copenhague commence par respirer.
Christiania, la ville libre.
Puis Christiania, le quartier autogéré installé depuis 1971 dans une ancienne caserne. Ici, tout se récupère et tout se décore : des blasons peints sous une barque retournée, une tête de poupée dans un nichoir, des chaussures pendues à un câble, un avion posé au-dessus d’une maison. Un squelette rouge attend toujours la légalisation du cannabis, sous un panneau « Photo zone » : dans la ville libre, l’appareil ne sort pas n’importe où.
Des canaux à Nyhavn.
En sortant, l’eau reprend sa place. Une barque verte dort sur un canal bordé de roseaux, des jeunes s’assoient sur le rebord des quais devant les vieux entrepôts, une bouteille vide finit sa soirée sur les pavés. La marche s’achève là où tout le monde finit : à Nyhavn, quand les façades jaunes, rouges et bleues se reflètent dans le canal et que la foule passe sous un panneau qui indique simplement « Pissoir ».
Dimanche matin, sous terre.
Le lendemain commence dans le métro. Deux agents en uniforme dans une rame presque vide, des passagers encore à moitié endormis, des puits de lumière taillés dans le plafond des stations, des escaliers mécaniques qui remontent vers le jour. En surface, la coupole verte de l’église de Marbre attend au bout de la rue.
Le Kastellet et le port.
Plus au nord, le Kastellet, la citadelle en étoile, dort derrière ses douves. Une coureuse passe devant une statue, le drapeau danois flotte sur les casernes rouges, deux canons gardent une maison jaune. Puis le port : la Petite Sirène sur son rocher, la fontaine de Gefion et ses bœufs devant l’église Saint-Alban, et de l’autre côté de l’eau, l’Opéra. Sur un ponton de bois, on se baigne en plein port.
Le centre en plein jour.
En fin de matinée, le centre se remplit. Deux jeunes femmes passent en rollers, un tournoi de beach-volley a déposé son sable au milieu de la ville, les vélos traversent aux feux. Dans la rue piétonne, deux musiciens jouent devant l’église du Saint-Esprit, un vieil homme se repose sur un banc, et les ombres découpent les façades.
Les visages de l’après-midi.
L’après-midi, je me suis rapproché des gens. Une foule devant une scène dressée face à l’hôtel de ville, une femme qui fume assise sur un coffre, une dame qui éclate de rire derrière ses lunettes teintées, une passante dont le tee-shirt avoue « Dramatic overthinker », un couple qui déplie une veste au bord du trottoir. Vue de près, Copenhague a des visages ouverts.