Édimbourg - Pierre sombre et ciel changeant
Édimbourg se lit en noir et blanc. La pierre y est sombre, noircie par des siècles de fumée de charbon qui ont valu à la ville son vieux surnom d’Auld Reekie, « la vieille enfumée ». Entre la vieille ville perchée sur son rocher et les rues tirées au cordeau de la ville nouvelle, le ciel change toutes les dix minutes, et la lumière avec lui.
La pierre noircie.
Au milieu des jardins, le Scott Monument dresse ses flèches gothiques comme une cathédrale sans nef, élevée à la gloire d’un écrivain. Au pied de ses balustrades, des dessinateurs installent leur pliant et passent l’après-midi à en recopier chaque pinacle. On le retrouve partout, entre deux branches, au bout d’une ruelle, à travers une découpe de pierre.
La Royal Mile en représentation.
Sur les pavés de la vieille ville, tout le monde joue un rôle. Un jeune joueur de cornemuse en kilt devant une porte sculptée, un couple qui danse au milieu de la rue, des manifestants qui brandissent leurs pancartes, de vieux messieurs qui prennent le soleil en terrasse. Et entre deux numéros, les passants ordinaires, absorbés par leur téléphone, qui traversent la scène sans la regarder.
Quand la ville se vide.
La nuit, Édimbourg se retire dans ses closes, ces ruelles en escalier qui plongent entre les immeubles. La gare de Waverley se vide, les rues pavées ne gardent que leurs réverbères et leurs fanions, et une statue se retrouve coiffée de cônes de chantier, comme si la ville attendait qu’on ait le dos tourné pour s’amuser un peu.
La pluie finit toujours par venir.
Et puis le ciel tient sa promesse. Les parapluies s’ouvrent devant les églises, les trottoirs deviennent des miroirs, les imperméables remontent la rue en file indienne. À Édimbourg, la pluie ne gâche rien : elle fait partie du décor, et la pierre n’est jamais aussi belle que mouillée.